Institut Méditerranéen d’Océanologie
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Les sargasses qui envahissent les rivages de Guadeloupe "sont potentiellement dangereuses" pour la santé

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Les autorités de Guadeloupe ont fermé huit établissements scolaires jeudi, après le retour massif de ces algues brunes "potentiellement dangereuses" pour la santé.

Frédéric Ménard est interviewé sur FranceInfo à ce sujet

L’amoncellement des sargasses, ces algues brunes qui ont envahi les rivages de Guadeloupe, a des conséquences désastreuses sur l’environnement et la santé, selon le sous-préfet en charge de la gestion du fléau. Les autorités ont pris la décision de fermer huit établissements scolaires jeudi 31 mai. Quand ces algues se décomposent, elles dégagent du gaz, du sulfure d’hydrogène. "Elles sont potentiellement dangereuses" et "cela pose des problèmes de santé publique notamment pour les personnes fragiles", a expliqué jeudi 31 mai sur franceinfo, Frédéric Ménard, qui coordonne les recherches sur les sargasses menées par l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et l’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO).

franceinfo : S’agit-il d’un épisode exceptionnel ?

Frédéric Ménard : Pas tout à fait exceptionnel et il est encore trop tôt pour répondre à cette question de l’origine des échouages actuellement sur les côtes antillaises. Les sargasses, c’est une espèce d’algues tropicales que l’on retrouve dans la mer de façon très traditionnelle. Cela a été découvert par Christophe Collomb, donc c’est quelque chose de très connu sauf dans la région où elle s’échoue actuellement. C’est donc une nouvelle zone de prolifération de ces algues, parfaitement naturelles, non toxiques et non nocives quand elles sont en pleine mer. Mais quand elles s’échouent sur les plages, elles posent les problèmes que l’on connaît actuellement.

Elles sont donc potentiellement dangereuses ?

Elles sont potentiellement dangereuses quand elles s’échouent parce ce sont des bancs gigantesques qui se décomposent, qui dégagent de l’hydrogène sulfuré. Cela pose des problèmes de santé publique notamment pour les personnes fragiles et ça pose un réel problème d’usage des plages qui ne peuvent plus rendre les services habituels, aussi bien d’un point de vue touristique, que d’un point de vue écologique.

Qu’en est-il de l’avancée des recherches ?

Au niveau scientifique, nous sommes assez mobilisés pour essayer de comprendre l’origine de ce phénomène qui se situe à l’échelle de l’océan atlantique parce que ce ne sont pas seulement les côtes antillais qui sont touchées, mais aussi les côtes africaines. On essaie d’aborder la question d’un point de vue globale avec plusieurs axes de recherche. Un axe plutôt de biologie et d’écologie, essayer de comprendre si on a affaire à la même espèce ou un complexe d’espèces. Génétiquement, ce n’est pas si simple et nous sommes en train de mener des études. Nous avons pu réaliser deux campagnes en mer en 2017, qui nous ont permis de récolter beaucoup d’échantillons frais. Nous essayons d’étudier l’environnement proche de ces radeaux de sargasses. Nous avons aussi un axe de télédétection où nous essayons d’affiner les détections à partir des capteurs embarqués sur les satellites, ce qui permet d’avoir une vision à grande échelle au niveau de l’Atlantique.

Comment peut-on se débarrasser des sargasses ?

Malheureusement, on n’a pas vraiment de solutions, d’un point de vue scientifique on n’est pas réellement mobilisés sur ces questions, c’est plutôt les services de l’État. Ce qu’il faut c’est, probablement, profiter des expériences d’autres pays qui ont été très sujets à ces problèmes d’échouages de sargasses, notamment les pays limitrophes de la mer traditionnelle des sargasses, tenter de trouver des appareils mécaniques qui ne dégradent pas et n’érodent pas les plages et trouver des méthodes de valorisation de ces algues, ce qui n’est pas simple parce qu’on a constaté que dans certains cas elles avait une capacité à concentrer des polluants.