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Du libre accès à la science ouverte : vingt ans d’actions à l’IRD

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Marie-Lise Sabrié , directrice de la Mission culture scientifique et technologique de l’IRD, qui nous présente les évolutions actuelles en faveur du libre accès aux publications scientifiques, l’Open Access, et ses implications pour l’Institut.

Un fort mouvement se dessine aujourd’hui en faveur du libre accès aux publications scientifiques. Qu’en est-il à l’IRD ?

Marie-Lise Sabrié : En matière de libre accès aux publications scientifiques, l’IRD a été pionnier. Son Service information scientifique et technique, qui est dirigé par Pascal Aventurier et son adjointe Francine Delmas, s’est engagé dès 1986 dans cette voie avec la création de la base Horizon pleins Textes qui référence les publications des chercheurs de l’IRD et en lançant en 1996 une politique de numérisation de ces publications pour qu’elles puissent être accessibles en format pdf sur Internet.

En 2003, l’IRD a été l’un des premiers instituts de recherche européens signataires de la Déclaration de Berlin qui a défini le principe du libre accès aux documents scientifiques en réaction au système fermé et coûteux des principaux éditeurs de revues scientifiques.
Plus récemment, l’IRD a signé l’ Appel de Jussieu pour la science ouverte en faveur d’un mode de publication diversifié et en libre accès. Par ailleurs, l’Institut est membre de Couperin, le consortium des établissements universitaires et de recherche pour l’accès aux publications numériques. Celui-ci plaide pour que la réforme de la directive européenne sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique prenne mieux en compte les spécificités de la publication scientifique et pour que le libre accès puisse être compatible avec les principes de la propriété intellectuelle.

Le Contrat d’objectifs et de performance 2016-2020 de l’IRD a fixé une augmentation de 25 % du taux des publications en libre accès dans Horizon d’ici à 2020. Fort de cet engagement, l’IRD s’inscrit dans le droit fil des récentes directives nationales et européennes qui créent un cadre favorable au libre accès aux publications.
En France, la loi Pour la République numérique de 2016 autorise le dépôt d’un article dans des archives ouvertes avec un embargo très court. L’Union européenne impose pour sa part le libre accès pour les publications issues de recherches financées par le programme Horizon 2020.

Quels sont les enjeux pour la recherche dans les pays en développement ?

M.-L. S. : Le libre accès représente en enjeu très important pour l’IRD et ses partenaires, tout particulièrement dans les pays en développement : nos partenaires au Sud doivent avoir les moyens d’accéder aux publications de la science mondiale et de publier dans des revues internationales.
Or, les conditions financières négociées avec les éditeurs dans les pays du Nord constituent un frein. L’accès à l’information passe, le plus souvent, par l’abonnement à des revues obéissant, pour la plupart, à une logique de marché avec des coûts en hausse d’année en année.
À cela s’est ajouté récemment le modèle « pay for publish » qui impose des frais pour la publication des articles en libre accès, payés directement par les auteurs ou leur institution. Ces frais peuvent dans certains cas dépasser 4 000 euros par article, la moyenne se situant aux alentours de 2 000 euros. Actuellement, les renouvellements des contrats avec les éditeurs font l’objet de difficiles négociations menées par le consortium Couperin, qui pourraient amener à des ruptures d’abonnements.

Dans ce contexte, l’IRD, au sein d’ EPRIST, l’association des responsables des services d’information scientifique et technique des organismes de recherche, alerte sur des négociations exclusivement axées sur le modèle « pay for publish » car il comporte de forts risques d’inflation.
Pour l’Institut, il est également important de défendre, lors de ces négociations, le principe de gratuité pour la publication par les scientifiques des pays du Sud dans les revues auteur-payeur.

Au Nord comme au Sud, la science ouverte va changer considérablement les pratiques scientifiques dans les années à venir. De nouveaux modèles d’évaluation de publication apparaissent.
Ainsi, les alliances Allenvi et Aviesan considèrent le preprint comme une forme recevable de communication scientifique. Des plateformes comme RePEc permettent de diffuser, dans le domaine de la science économique, des working papers reconnus comme publications. L’Union européenne va ouvrir une plateforme de publications en libre accès. Enfin, des systèmes issus de communautés de chercheurs proposent des fonctionnements innovants de validation par les pairs.

Concrètement, comment la politique du libre accès est-elle mise en œuvre par l’IRD ?

M.-L. S. : Développée depuis 30 ans, la base bibliographique de l’IRD Horizon pleins Textes met aujourd’hui à disposition en libre accès plus de 70 000 documents en texte intégral.
Cette bibliothèque numérique, qui constitue l’une des plus anciennes archives scientifiques institutionnelles françaises, est très consultée : de 8 à 10 mille documents sont téléchargés chaque jour et plus de la moitié de ces téléchargements sont le fait d’internautes du Sud.
La richesse de cette base et son accessibilité sont l’une des raisons qui a conduit, en 2017, le ministère de la Recherche, de l’Enseignement supérieur et de l’Innovation à attribuer au fonds documentaire de l’IRD le label CollEx, label de « collection d’excellence pour la recherche ».

Le développement de la base Horizon Pleins textes va de pair avec celui de HAL-IRD, notre portail de l’archive nationale HAL, où les chercheurs peuvent déposer la version auteur de leurs publications.

Enfin, les éditions de l’IRD favorisent elles aussi le libre accès en diffusant sur la plateforme OpenEditions plus de 200 ouvrages dont 80 % sont en libre accès sous format HTML.

Des projets en partenariat sont régulièrement menés par le Service information scientifique et technique pour numériser des fonds documentaires en France ou dans les pays du Sud. Ceci permet à ces documents en libre accès d’être visibles par les moteurs de recherche (Google Scholar en particulier), mais aussi dans la base des publications européennes OpenAIRE ou dans le portail Redalyc en Amérique du Sud.

Dans le souci de renforcer des capacités au Sud, le Service information scientifique et technique intervient également dans des actions de sensibilisation aux archives ouvertes scientifiques et dispense des formations à la numérisation. Depuis 2010, il a ainsi ouvert le serveur coopératif BEEP (bibliothèques électroniques en partenariat) qui offre un service d’hébergement et de diffusion pour les collections numériques produites par des institutions de recherche africaines.

Le libre accès ouvre de nouvelles opportunités à l’IRD. Le Service information scientifique et technique va développer, en étroite coordination avec la Mission infrastructures et données numériques, de nouvelles expertises sur l’ouverture des données de recherche liées aux publications, sur la fouille de textes et de données (ou TDM pour Text and Data Mining ) sur des corpus utilisables grâce à l’accès ouvert. D’ores et déjà, il collabore étroitement au projet piloté par la Direction pour le développement des usages numériques innovants ( DDUNI) sur la création de « lexiques IRD » permettant la fouille de textes. Il s’attachera à accompagner ces évolutions au plus près des besoins de la communauté scientifique.

Enfin, l’IRD pourra être force de proposition auprès du Comité d’orientation pour la science ouverte ( COSO) récemment mis en place par le ministère de l’Enseignement supérieur de la Recherche et de l’Innovation.